Depuis ce lundi, les murs de la prison civile de Lomé résonnent d’un nouveau cri de révolte. Missodé Koffi René, créateur de contenu togolais bien connu sous le pseudonyme « À votre avis », a entamé une grève de la faim pour dénoncer ce qu’il décrit comme un « enlèvement », des « actes de torture » et des « violations flagrantes de ses droits fondamentaux ». Cette initiative, menée aux côtés d’un autre détenu, Abdoul-Aziz Goma, s’inscrit dans une série de protestations visant à attirer l’attention sur les conditions de détention et les abus présumés subis par les prisonniers d’opinion au Togo.
Cette nouvelle grève de la faim n’est pas une première pour Missodé René. En août 2025, il avait déjà observé un jeûne prolongé pour alerter sur son sort. Cette fois, il réitère son geste avec une détermination renforcée, comme en témoigne une lettre ouverte adressée à la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), dont le média IciLome a obtenu une copie. Dans ce document, l’activiste affirme que « dans moins de douze jours, cela fera trois mois depuis [son] enlèvement et les actes de torture » qu’il dit avoir subis. Il y décrit des conditions de détention inhumaines et un déni de justice, malgré ses tentatives pour faire entendre sa voix.
Missodé René précise avoir déjà témoigné devant des représentants de la CNDH venus à la prison. « J’ai exposé ma version des faits et décrit les sévices subis. J’ai également exprimé mon refus des soins qui m’ont été proposés », écrit-il. Malgré ces démarches, il dénonce « l’absence de mesures concrètes » de la part des autorités, ce qui l’a poussé à radicaliser sa protestation.
Des revendications claires et pressantes
Dans sa lettre, Missodé René formule plusieurs exigences précises. Il réclame sa libération immédiate et sans condition, arguant que sa détention est arbitraire et dépourvue de fondement juridique. Il exige également l’ouverture d’une enquête indépendante sur les allégations de torture, ainsi qu’un examen médico-légal indépendant pour documenter les sévices qu’il affirme avoir subis.
L’activiste demande aussi la garantie de sa protection contre toute forme de représailles, une préoccupation récurrente chez les détenus engagés dans des luttes politiques ou sociales. Enfin, il réclame l’accès effectif à un avocat, à des soins médicaux appropriés et à des visites familiales, des droits souvent restreints dans les prisons togolaises.
Missodé René a prévenu que, si la CNDH ne lui fournit pas de réponse écrite sous sept jours, il portera son dossier devant « des instances internationales compétentes et des organisations de défense des droits humains ». Cette menace de saisine internationale pourrait mettre une pression supplémentaire sur les autorités togolaises, déjà sous le feu des critiques pour leur gestion des droits humains.
La grève de la faim de Missodé René ne peut être dissociée du contexte politique et social tendu que traverse le Togo. Le pays, souvent pointé du doigt pour des dérives autoritaires et des restrictions des libertés fondamentales, fait face à une montée des contestations citoyennes. Les cas de détenus politiques ou d’opinion, comme celui de Missodé René, sont devenus emblématiques des défis démocratiques auxquels le Togo est confronté.
Les allégations de torture et d’enlèvement portées par l’activiste soulèvent des questions sur la transparence des procédures judiciaires et le respect des droits des détenus. Elles rappellent également d’autres affaires similaires dans la sous-région, où des militants et journalistes ont été arbitrairement détenus, parfois dans des conditions dégradantes.
Pour l’instant, ni la CNDH ni les autorités pénitentiaires n’ont réagi publiquement à l’annonce de cette grève de la faim. Cependant, la situation de Missodé René et d’Abdoul-Aziz Goma risque d’attirer l’attention des organisations de défense des droits humains, tant au niveau national qu’international. Des acteurs comme Amnesty International ou la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) pourraient être amenés à se prononcer, surtout si les autorités togolaises restent silencieuses.
Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur la réforme du système carcéral togolais, souvent critiqué pour son manque de ressources, ses conditions de détention indignes et son opacité. Les militants des droits humains appellent depuis longtemps à une modernisation des prisons et à un renforcement des mécanismes de contrôle indépendant.
Un appel à la mobilisation citoyenne
Au-delà des réactions institutionnelles, la grève de la faim de Missodé René pourrait mobiliser l’opinion publique togolaise, notamment les jeunes et les internautes, qui voient en lui un symbole de résistance. Les réseaux sociaux, où l’activiste était très actif avant son arrestation, pourraient devenir un vecteur de solidarité et de pression sur les autorités.
Des appels à des manifestations pacifiques ou à des campagnes de sensibilisation pourraient émerger, surtout si la santé de Missodé René et d’Abdoul-Aziz Goma venait à se dégrader. Leur sort rappelle celui d’autres prisonniers de conscience, dont les cas ont souvent servi de catalyseur à des mouvements sociaux plus larges.
Dans les jours à venir, plusieurs scénarios sont possibles. Si la CNDH répond favorablement aux revendications de Missodé René, cela pourrait ouvrir la voie à une résolution pacifique de ce conflit. À l’inverse, un silence persistant ou un refus de dialoguer risqueraient d’aggraver la crise, avec des conséquences imprévisibles sur la stabilité sociale du pays.
Une chose est sûre : cette grève de la faim place les autorités togolaises face à leurs responsabilités. Respecteront-elles les droits fondamentaux de leurs citoyens, ou laisseront-elles la situation s’envenimer ? La réponse à cette question pourrait avoir des répercussions bien au-delà des murs de la prison civile de Lomé.
