Les principales forces d’opposition togolaises ont décidé de faire front commun contre la Constitution de 2024, accusée d’avoir permis à Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir sous le nouveau statut de président du Conseil. Réunies au sein du collectif « Touche pas à ma Constitution », ces formations réclament désormais l’ouverture d’une transition politique. Nathaniel Olympio, porte-parole du mouvement, a détaillé cette stratégie dans un entretien accordé à la Deutsche Welle (DW).
Un arrêt de la Cédéao comme point de bascule
Selon Nathaniel Olympio, la contestation de la réforme constitutionnelle ne date pas d’hier : elle est portée par l’opposition togolaise depuis mars 2024. Mais c’est un arrêt rendu le 29 janvier par la Cour de justice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui a changé la donne. Ce texte, qualifiant la réforme togolaise de changement inconstitutionnel de gouvernement, n’a toutefois été porté à la connaissance du front d’opposition qu’au mois de juin, ce qui explique, selon son porte-parole, le calendrier de la mobilisation actuelle. Depuis, la contestation s’est intensifiée. Le porte-parole y voit une décision à portée historique, appelée à faire jurisprudence bien au-delà des frontières togolaises, pour l’ensemble du continent africain.
Le gouvernement togolais conteste de son côté la compétence de la juridiction communautaire et rejette les conclusions de cet arrêt.
Un appel à la responsabilité des partenaires internationaux
Pour Nathaniel Olympio, la décision de la Cour de la Cédéao engage directement les organisations continentales et régionales. Fondé sur la Charte de l’Union africaine, l’arrêt impose selon lui à la Cédéao comme à l’Union africaine de faire respecter leurs propres textes. Le porte-parole du front va plus loin : il estime que le pouvoir togolais, désormais privé de légitimité juridique, ne peut plus prétendre représenter les Togolais auprès de leurs partenaires étrangers, qu’il s’agisse de l’Union européenne, de l’Union africaine ou des États-Unis. Il qualifie l’actuel gouvernement de pouvoir de fait, à combattre au même titre que d’autres régimes d’exception apparus dans la sous-région.
La question sensible de la mobilisation populaire
Interrogé sur une éventuelle reprise des manifestations de rue, et sur les risques de dérapage après les violences déjà enregistrées ces dernières années, Nathaniel Olympio rappelle qu’en juin 2025, sept personnes avaient trouvé la mort lors de mobilisations. Il dénonce un régime répressif qui empêche l’expression pacifique des citoyens, tout en réaffirmant leur droit de manifester. C’est précisément sur ce terrain, selon lui, que la Cédéao et l’Union africaine doivent faire pression sur les autorités togolaises, afin que soient respectés les engagements internationaux du pays en matière de libertés de réunion, d’expression et d’association.
Vers une phase de transition et des assises nationales
Pour le porte-parole du front d’opposition, le Togo se trouve aujourd’hui dans un vide constitutionnel. L’ancienne Constitution de 1992, qui prévoyait une élection présidentielle en février-mars 2025, n’a pas été appliquée jusqu’à son terme ; la nouvelle Constitution de 2024, elle, est jugée illégitime par la justice communautaire. Face à cette impasse, Nathaniel Olympio appelle à l’ouverture d’une période de transition, assortie d’institutions provisoires et d’une Assemblée constituante chargée de revisiter l’ensemble des textes fondamentaux et des institutions du pays.
Il plaide pour un bilan complet des vingt et un ans de pouvoir de Faure Gnassingbé, et plus largement des soixante années de gouvernance de la famille Gnassingbé à la tête de l’État togolais. Ce travail devrait, selon lui, déboucher sur des assises nationales permettant aux Togolais de définir collectivement l’avenir institutionnel de leur pays.
