Au Togo, l’affaire Grâce Koumayi, sage-femme et militante politique incarcérée, met une fois de plus la gendarmerie nationale sous les projecteurs. Les contradictions entre les déclarations de l’institution, les témoignages de la victime présumée et la position de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) soulèvent des questions troublantes sur la transparence et l’intégrité des forces de l’ordre. Cette affaire, qui s’inscrit dans un contexte de tensions politiques récurrentes, révèle les failles d’un système où la parole des victimes peine à être entendue.
La gendarmerie nationale : entre pouvoir et controverses
Sous le régime de Faure Gnassingbé, la gendarmerie nationale occupe une place centrale dans l’appareil sécuritaire togolais. Pourtant, son image reste entachée par des allégations répétées de violences, de tortures et de brutalités, notamment lors des périodes de crise politique. L’affaire Grâce Koumayi n’est que la dernière en date d’une longue série de cas où l’institution est accusée de bafouer les droits fondamentaux des citoyens.
Le 21 novembre 2025, la gendarmerie a publié un communiqué affirmant que Grâce Koumayi n’avait signalé aucune agression sexuelle ni traitement inhumain lors de sa garde à vue. Pire, elle a prétendu que la CNDH, après une visite au Groupement de gendarmerie de Lomé, s’était déclarée satisfaite des conditions de détention de la militante. Une version des faits qui a rapidement été contestée.
Grâce Koumayi brise le silence : des allégations qui dérangent
Depuis sa cellule, Grâce Koumayi a fermement démenti les affirmations de la gendarmerie. Dans une note écrite, elle a révélé avoir signalé des douleurs aux parties intimes, aussi bien lors de la visite de la CNDH qu’au moment de sa déposition. Ces déclarations, si elles sont avérées, remettent en cause la version officielle et soulèvent des interrogations sur les méthodes employées par les forces de l’ordre.
Les sources proches de la CNDH ont, quant à elles, affirmé que l’institution n’avait jamais fait de déclaration publique après sa visite au Groupement de gendarmerie de Lomé. Un communiqué daté du 28 octobre 2025 va même plus loin : la CNDH y indique avoir « eu connaissance d’un cas d’allégations de viol sur une dame, survenu le 6 juin 2025 lors de sa garde à vue ». Une révélation qui contredit ouvertement la version de la gendarmerie et plonge l’opinion publique dans la confusion.
La CNDH : une institution sous influence ?
La Commission nationale des droits de l’homme, censée garantir la protection des citoyens, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une crise de crédibilité. Son silence après la visite de Grâce Koumayi, suivi de la révélation tardive d’allégations de viol, interroge sur son indépendance et son efficacité. Pourquoi la CNDH n’a-t-elle pas rendu public son rapport immédiatement ? Pourquoi ses déclarations semblent-elles minimisées, voire ignorées, par la gendarmerie ?
Pour de nombreux observateurs, cette affaire illustre une fois de plus les pressions exercées sur les institutions censées protéger les droits humains. La CNDH, en particulier, est perçue comme un acteur affaibli, incapable de s’opposer aux dérives des forces de sécurité.
Une communication qui pose question
La stratégie de communication adoptée par la gendarmerie nationale dans cette affaire est révélatrice. En publiant un communiqué avant même que les faits ne soient établis, l’institution semble davantage soucieuse de se protéger que de rechercher la vérité. Cette précipitation rappelle d’autres cas où les autorités togolaises ont cherché à contrôler le récit médiatique, notamment après les manifestations de juin et juillet 2025.
Un défenseur des droits humains, sous couvert d’anonymat, dénonce une méthode devenue systématique : « Communiquer avant d’enquêter, se dédouaner avant de clarifier, affirmer avant de vérifier… C’est une habitude qui mine la confiance des citoyens dans leurs institutions. » Cette approche, si elle persiste, risque d’aggraver la défiance de la population envers les forces de l’ordre et les organes de régulation.
Quelles suites pour l’affaire Grâce Koumayi ?
Alors que les versions s’affrontent, une question persiste : qui dit la vérité ? Pour rétablir la confiance, une enquête indépendante et transparente s’impose. Les autorités togolaises doivent garantir que les allégations de Grâce Koumayi soient examinées sans partialité, et que les responsables éventuels soient tenus pour responsables.
