Diplomatie parallèle. Selon nos informations, un homme d’affaires biélorusso-américain discrètement installé à Dubaï orchestre le rapprochement stratégique de Lomé avec la Russie et le Bélarus, transformant au passage le port de la capitale togolaise en plaque tournante logistique pour le Sahel
C’est un acteur de l’ombre dont le nom résonne de plus en plus fort dans les couloirs feutrés de la présidence togolaise. Alexander Zingman, 59 ans, détendeur d’un passeport américain et originaire de Biélorussie, consolide mois après mois son influence auprès de Faure Gnassingbé. Révélé par Africa Intelligence, ce repositionnement marque un tournant géopolitique majeur pour le Togo, historiquement ancré dans le giron occidental, qui semble aujourd’hui jouer la carte du pragmatisme le plus absolu face à l’évolution des rapports de force en Afrique.
D’Kinshasa à Lomé : le pivot francophone d’Aftrade
À la tête d’Aftrade DMCC, une société basée dans la zone franche de Dubaï, Alexander Zingman n’est pas un nouveau venu sur le continent. Actif en Afrique depuis une dizaine d’années, cet entrepreneur aux multiples facettes a longtemps été identifié aux opérations complexes en République Démocratique du Congo et au Zimbabwe.
Cependant, face aux pressions internationales et aux sanctions, l’homme d’affaires a opéré un repositionnement stratégique aussi discret qu’efficace. Il déplace aujourd’hui son échiquier vers l’Afrique francophone, jetant son dévolu sur deux capitales clés : Lomé et Antananarivo. Au Togo, sa proximité avec le pouvoir, initiée en 2024, a porté ses fruits bien au-delà du simple réseau d’influence.
Le port de Lomé, nouveau corridor vers le Sahel
L’apport de Zingman au régime de Faure Gnassingbé est d’abord logistique et géostratégique. Selon nos sources, l’homme de l’ombre a préparé le terrain pour faire du port autonome de Lomé un corridor névralgique. En ce début d’année 2026, les infrastructures portuaires togolaises sont devenues une zone de transit cruciale pour l’armement russe destiné aux juntes militaires du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger).
En facilitant ces flux sous le radar des radars occidentaux, Zingman offre à Lomé un rôle de « hub » incontournable, monnayant cette position de force contre des garanties économiques et politiques pour le Togo, qui se pose en médiateur et en partenaire fiable pour les régimes de la CEDEAO sous sanctions.
L’axe Minsk-Moscou-Lomé en marche
Sur le terrain diplomatique, le Biélorusse pousse désormais ses pions pour institutionnaliser ce rapprochement. Alexander Zingman travaillerait activement, en coulisses, à l’organisation d’un déplacement officiel de Faure Gnassingbé à Minsk. Une visite qui scellerait le partenariat entre le Togo et le Bélarus, pays d’origine de l’homme d’affaires, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la sécurité et de la formation militaire.
En parallèle, le facilitateur de Dubaï accélère les dossiers pour permettre l’ouverture prochaine de l’ambassade togolaise à Moscou. Un signal fort envoyé à la communauté internationale : Lomé diversifie ses alliances et n’hésite plus à contourner les traditionnels partenaires européens pour s’ancrer dans la sphère d’influence russe.
Le calcul de Faure Gnassingbé
Pour le président du conseil togolais, s’appuyer sur un profil aussi atypique et controversé qu’Alexander Zingman relève d’un calcul froid. Dans un contexte régional où le vent tourne à l’Est, Faure Gnassingbé s’assure les faveurs de Moscou tout en maintenant son statut de poumon économique et portuaire de la sous-région.
Reste à savoir jusqu’où Lomé acceptera de s’exposer diplomatiquement. Car si le port de Lomé s’enrichit de ce nouveau statut de corridor, l’ombre d’Alexander Zingman et ses connexions avec les réseaux russes risquent d’attiser la méfiance des capitales occidentales, toujours très attentives aux équilibres du golfe de Guinée.
