Le dernier rapport de l’institut suédois V-Dem sur l’état de la démocratie dans le monde classe le Togo parmi les pays où l’autoritarisme se renforce le plus nettement, aux côtés de la Centrafrique et du Mozambique. Un constat qui s’inscrit dans un recul généralisé de la démocratie sur le continent et à l’échelle mondiale.
L’institut Varieties of Democracy (V-Dem), rattaché à l’université suédoise de Göteborg, a publié son rapport annuel sur l’état de la démocratie dans le monde. Le constat pour le continent africain est sévère : sur 55 pays, une dizaine sont désormais des régimes autocratiques fermés et 26 autres fonctionnent comme des autocraties électorales — c’est-à-dire des pays qui organisent des élections sans que celles-ci garantissent une réelle alternance démocratique.
Le Togo figure explicitement parmi les pays cités par l’institut comme exemples de ce renforcement autoritaire, aux côtés de la République centrafricaine et du Mozambique. Ce classement s’appuie sur plusieurs critères suivis par V-Dem : liberté d’expression, contrôle des processus électoraux, répression des voix critiques et respect des droits fondamentaux.
Un recul qui dépasse largement le Togo
Le phénomène n’est pas isolé. Selon le rapport, le niveau moyen de démocratie dont bénéficie un citoyen dans le monde est retombé à celui de 1978, effaçant presque entièrement les acquis de ce que les chercheurs appellent la « troisième vague de démocratisation », amorcée au Portugal en 1974. Fin 2025, le monde comptait davantage d’autocraties que de démocraties, et une large majorité de la population mondiale vivait sous un régime autoritaire, contre une minorité seulement dans des démocraties libérales pleinement établies.
En Afrique subsaharienne, la tendance est particulièrement marquée : le niveau démocratique régional est retombé à celui du début des années 2000, sous l’effet conjugué de la vague de coups d’État dans la zone sahélienne et du raidissement de plusieurs régimes déjà en place. Les deux tiers de la population de la région vivent aujourd’hui sous un régime autocratique, sous une forme ou une autre — qu’il s’agisse d’autocraties électorales comme en Éthiopie, en Tanzanie ou en Ouganda, ou de régimes fermés. Seule une petite partie de la population subsaharienne vit dans des démocraties électorales pleinement reconnues, à l’image du Ghana, du Botswana ou de l’Afrique du Sud.
Une régression sur plusieurs fronts
Le rapport souligne que ce recul touche presque tous les aspects de la vie démocratique. Sur la seule année 2025, la liberté d’expression s’est dégradée dans plus de 40 pays à travers le monde, tandis que le recours à la torture contre des opposants politiques s’est poursuivi dans plusieurs régimes. Une trentaine de pays ont connu une détérioration significative de leur situation démocratique sur la période.
Pour le Togo comme pour les autres pays cités, ce classement relance la question de la place laissée à la contestation, au journalisme indépendant et à la critique politique dans un contexte régional où l’espace démocratique se réduit.
