Le vendredi 23 octobre 2026 à Lomé, l’association Iyawo a organisé un procès fictif sur l’autonomie corporelle et les droits en santé sexuelle et reproductive. L’objectif est d’informer les jeunes et d’alerter sur les conséquences des avortements clandestins.
Au Togo, connaître ses droits ne garantit pas toujours de pouvoir les exercer. C’est le constat qui a motivé l’association Iyawo à organiser, vendredi à Lomé, un procès fictif consacré à l’autonomie corporelle et aux droits en matière de santé sexuelle et reproductive. L’initiative s’adresse en particulier aux jeunes et aborde la situation des victimes de viol et d’inceste confrontées à une grossesse non désirée.
Un format pour dépasser la sensibilisation classique. Les échanges ont porté sur la différence entre avortement clandestin et avortement sécurisé, sur les dispositions légales et sur les difficultés qui entravent leur application. « Il y a beaucoup de tabous et de silences autour de ces questions », explique Elisabeth Apampa, présidente de l’association. Selon elle, il s’agit de parler directement aux jeunes, de leur donner des informations concrètes et de les aider à comprendre les mécanismes juridiques qui encadrent leurs droits.
Un cadre légal, des obstacles d’application. La loi togolaise sur la santé de la reproduction, adoptée en 2007, prévoit des circonstances dans lesquelles une interruption de grossesse peut être autorisée. Le médecin pédiatre et spécialiste en santé publique Abram Agossou attire l’attention sur les obstacles rencontrés par les professionnels de santé, notamment lorsque la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste, ou lorsqu’elle menace la vie de la femme. Les procédures et précautions juridiques peuvent compliquer la prise en charge, alors que le facteur temps est déterminant. « Les procédures sont tellement longues que, le temps d’aboutir, la victime de viol, par exemple, a déjà accouché », souligne-t-il.
Le scénario du procès. L’audience a mis en scène une étudiante victime d’un viol à son retour de l’université. Quelques semaines plus tard, elle découvre qu’elle est enceinte. Désemparée, elle se tourne vers un médecin généraliste qui pratique une interruption clandestine dans une clinique. Son état se dégrade quelques jours après l’intervention, et une amie l’accompagne dans un hôpital public. Les médecins constatent des signes d’une intervention préalable, et la jeune fille révèle les faits. L’étudiante et le médecin sont alors appelés à comparaître.
Ce scénario soulève plusieurs questions : vers qui une victime peut-elle se tourner pour une prise en charge adaptée, et comment les difficultés d’accès à une interruption sécurisée peuvent-elles exposer les femmes à des pratiques dangereuses ? Il illustre, selon les organisateurs, l’importance de l’information juridique et de l’accompagnement des victimes de violences sexuelles.
Les violences sexuelles, un enjeu de santé publique. Pour Abram Agossou, la lutte contre les avortements clandestins ne peut se limiter à des messages sur les risques sanitaires. Elle doit aussi prendre en compte les violences sexuelles, la réaction de l’entourage et la capacité des victimes à demander de l’aide sans être stigmatisées. Le médecin évoque plus de 11 000 cas d’avortements clandestins enregistrés en 2024, un chiffre qu’il convient de replacer dans le contexte de la source statistique et de la définition des cas retenues. Il insiste sur la nécessité de ne pas banaliser les violences sexuelles, d’accompagner les victimes et de faire en sorte que les auteurs soient dénoncés et sanctionnés.
Une démarche inscrite dans un projet plus large. Iyawo s’appuie sur les textes nationaux et sur des instruments internationaux de protection des droits des femmes, dont le Protocole de Maputo. L’initiative, soutenue par Equipop, s’inscrit dans le projet « Lanhéziè, construire la paix ensemble », consacré aux violences basées sur le genre, à la paix, à la sécurité et à la cohésion sociale. Pour Elisabeth Apampa, les incompréhensions autour de l’autonomie corporelle et des droits reproductifs peuvent alimenter des tensions dans les familles et les communautés.
Reste à transformer cette prise de conscience en réponses concrètes : améliorer l’information sur les dispositions légales, faciliter l’orientation des victimes et réduire les obstacles à une prise en charge conforme au droit et aux exigences médicales.
