« Entre les mots qui enflamment et les silences qui trahissent, le Togo se trouve à un carrefour. D’un côté, une jeunesse qui n’a plus peur de hurler sa colère ; de l’autre, un pouvoir qui semble avoir oublié comment tendre l’oreille. Quand le dialogue devient sourd, que reste-t-il ? »
ENTRE LA BOUCHE QUI PARLE
ET L’OREILLE QUI ÉCOUTE
Notre pays vient de connaître des jours de marches de protestations, de contestations et de réclamations. Au cours de ces manifestations, nous avons eu à déplorer des pertes en vies humaines, enregistrer beaucoup de blessés
De l’appel lancé par Aamron à la jeunesse togolaise, lui demandant de réserver un cadeau d’anniversaire spécial au Président du Conseil de la République Faure Gnassingbé le 6 juin à celui des influenceurs et blogueurs togolais de la diaspora qui demandaient de boycotter la conférence de Manssah prévue pour se tenir, les 26, 27 et 28 juin 2025 à Lomé , à la réaction de cette jeunesse, il y’a matière à réflexion.
1- Au départ, le pouvoir a voulu minimiser l’impact que l’appel d’Aamron qui s’inspirait des éléments historiques et factuels tel que le document de Madame Marguerite Gnakadé sur le bilan des 20 ans de gestion du Président Faure Gnassingbé à la tête de l’État.
2- Le pouvoir a minimisé l’écho qu’aurait l’appel de la diaspora togolaise dans les oreilles des Togolais vivant sur le territoire national en général et de le jeunesse en particulier..
Le pouvoir a aussi négligé l’impact diplomatique de cet appel, ce qu’a heureusement compris Alain Foka et sa bande de commerçants.
3- Le pouvoir a fait prévaloir le caractère illégal des manifestations parce que personne n’a déposé une demande d’information ou d’autorisation y afférent.
Le pouvoir a aussi argué qu’il ne connaissait pas l’identité des organisateurs.
4- Pour tester la crédibilité d’Aamron, le pouvoir l’a fait arrêter dans la nuit du 26 mai 2025 et l’a fait interner à l’hôpital psychiatrique de Zébé sous prétexte qu’il a la dépression nerveuse.
Malheureusement pour le pouvoir et ses stratèges de tous genres, cette arrestation n’ a fait que galvaniser la jeunesse dans son désir de manifester.
C’est pourquoi les manifestations de la nuit du 5 et de la journée du 6 juin ont eu lieu.
5- Suite à ces manifestations sus- citées le pouvoir a pensé que l’enjeu était la libération d’Aamron et qu’en le libérant cela calmerait la tension.
Neni!
L’appel à manifester les 26, 27 et 28 juin était maintenu et les manifestations avaient eu lieu avec leur cortège de violences répressives.
6- Les manifestations des 26, 27 et 28 juin devraient attirer l’attention du parti Unir, et des autres partis politiques entre autres le trio qui avait commis la maladresse d’appeler la population à la désobéissance civile à partir du 23 juin, à trois jours de la date choisie par les activistes, artistes, journalistes et blogueurs.
Si en dépit des menaces, des tentatives de décrédibilisation des lanceurs d’appel et toutes formes de sabotage, les jeunes étaient sortis les 26, 27 et 28 juin, il est temps de changer de paradigme.
6.a) il est temps pour le pouvoir de comprendre qu’il y a une rupture radicale entre les gouvernants et les gouvernés et surtout avec la jeunesse dont l’avenir est compromis.
6.b) il est temps pour les partis politiques d’opposition de toutes les colorations de comprendre que la jeunesse n’attend plus rien d’eux pour changer ce pays.
7- Dans mon post intitulé * Veillée d’armes* en date du 25 juin dernier, j’avais écrit entre autres, ceci : « Dans l’histoire des peuples, les dates ne sont que des repères. Derrière ces repères, se cachent des agendas et des projets de société »
En matière de dates, les artistes, les blogueurs, les journalistes et les influenceurs, ne font rien au hasard.
Le 6 juin n’est pas une date anodine.
Les 26, 27 et 28 juin allait se tenir un évènement à Lomé.
Les 16 et 17 juillet prochains ne sont pas des dates anodines au Togo.
Même si je ne suis pas devin pour savoir les agendas et les projets de société qui se cachent derrière la programmation des organisateurs des manifestations, ma petite expérience politique me fait sentir que les jeunes inscrivent leurs actions dans la durée et attendent les résultats dans la durée.
Conclusion :
Si la bouche qui parle a l’oreille qui écoute, cette bouche n’est pas anodine, elle n’est pas à banaliser.
En ce moment, il y’a des bouches qui ont perdu l’oreille de la jeunesse.
Ces bouches, par humilité, par patriotisme et par devoir envers la République, doivent faire profil bas et regarder les réalités en face.
Regarder les réalités en face, c’est reconnaître ses échecs et chercher les voies et moyens pour sauver le navire qui est en perdition.
En toute concitoyenneté,
Bodi Banche BODELIN
Le Griot du Village
Lomé, 07 juillet 2025
